L’application Yuka : on aime ou on n’aime pas ?

Ecrit par   |  0 Commentaire

S’il y a bien une application mobile qui fait beaucoup parler en ce moment, c’est bien Yuka, la fameuse appli’ qui permet de scanner les produits alimentaires qu’on consomme au quotidien en vue d’obtenir un avis sur leur composition ! Pourtant, des applications mobiles de scan d’aliments, il en existe depuis longtemps…. Alors : pourquoi  l’appli Yuka fait-elle autant fureur ? Que faut-il penser de Yuka ? Les informations données dans l’appli sont-elles fiables ? DocteurBonneBouffe.com vous présente l’avis de notre experte Diététicienne-Nutritionniste, Nathalie Majcher, qui vous explique dans cet article les avantages et les inconvénients de Yuka.

Que faut-il penser de l’application Yuka ?

C’est quoi Yuka ?

Yuka est une application mobile qui permet d’obtenir des informations sur la composition d’un produit en le scannant. Elle indique ainsi la note du produit sur une échelle de 0 à 100.

La notation est basée sur un algorithme prenant en compte trois critères :

  • la composition nutritionnelle du produit scanné (et notamment les calories, les teneurs en protéines et en graisses saturées ou encore en fibres, en sucres ou en sel : ce critère correspond à 60% de la notation).
  • la présence ou non d’additifs controversés (30% de la note) ;
  • et, enfin, le mode de production du produit : s’il s’agit d’un produit biologique ou pas (10% de la note).

Ce qu’on aime dans l’application Yuka :

#1 Une application claire et simple…

Si l’application fait fureur en ce moment, c’est car Yuka fait partie des applications mobiles d’informations nutritionnelles parmi les plus simples à utiliser et aussi la plus ludique. Jusqu’à présent, on pouvait accéder aux compositions nutritionnelles des produits mais ce qui posait problème, c’était leur interprétation. A quoi bon savoir qu’un produit contient 7 grammes de sel, si on ne sait pas si c’est peu ou si c’est excessif ?

L’application Yuka permet justement de mieux interpréter la composition des produits grâce à un système de notation en couleurs. Chaque critère est associé à une pastille de couleur (vert foncé, vert clair, orange et rouge) indiquant si la donnée étudiée en fait un produit excellent, bon, médiocre ou mauvaisC’est simple, clair et… ça plaît !

#2 …qui simplifie la nutrition

Outre le système de notation coloré, simple et facile à comprendre, les critères pris en compte par l’application ont été simplifiés. Seuls quelques critères (on suppose les plus « importants » à surveiller) sont affichés – ce qui est plus compréhensible pour les novices :

  • les calories (à contrôler pour des questions de poids);
  • les protéines (pour s’assurer de la qualité nutritionnelle des produits et de la couverture en ce nutriment);
  • les graisses saturées (à limiter pour prévenir les maladies cardiovasculaires);
  • les fibres (dont on manque dans notre alimentation),
  • les sucres (accusés de nombreux méfaits sur la santé),
  • ou encore le sel (conservateur excessivement utilisé par les industriels – facteur de risques de maladies cardiovasculaires).

#3 Les additifs : mentionnés !

Troisième avantage de Yuka : la prise en compte des additifs.

Et oui, enfin une application qui référence la présence d’additifs au sein des produits ! Jusque là, toutes les appli ou systèmes de notation se concentraient uniquement sur la composition nutritionnelle. Avec Yuka, on peut savoir exactement quel additif est contenu dans le produit et son degré de nocivité (pratique car il existe des centaines d’additifs différents et on ne se rappelle pas toujours de leurs effets santé !) – ce qui a ses avantages mais aussi ses inconvénients (comme nous le verrons plus loin).

#4 Des suggestions de meilleurs produits

Dans le cas où le produit scanné n’est pas recommandé, Yuka suggère même une alternative plus saine. Un petit plus pour faire de meilleurs choix alimentaires !

#5 Une application indépendante

Enfin, dernier avantage et pas des moindres : Yuka se veut être une application indépendante. Si le Nutriscore peine à être rendu obligatoire par le Ministère de la Santé à cause des lobbys de l’industrie agro-alimentaire, Yuka se fout des combats politiques en référençant tous les produits et en les évaluant de façon objective selon son propre algorithme algorithme.

Par ailleurs, chaque utilisateur peut contribuer à l’application en ajoutant des produits non référencés dans la base de données – ce qui explique la croissance exponentielle des produits référencés : on parle de plus de 500 000 références !

Ce qu’on n’aime pas dans l’application Yuka :

#1 Des informations manquantes

Si Yuka simplifie la composition nutritionnelle des aliments en se basant sur quelques critères seulement, elle passe aussi à côté de plusieurs critères importants pour évaluer complètement un produit.

1. La quantité de graisses totales non mentionnée

Si l’application Yuka mentionne la quantité de graisses saturées, elle ne mentionne pas la quantité totale de graisses présentes. Or, les graisses saturées ne sont pas les seules graisses existantes. Résultat : difficile pour le consommateur de se rendre compte si on a affaire à un produit gras ou pas. Ainsi, on peut avoir un produit avec peu voire pas du tout de graisses saturées (ce qui apparaît comme « bon » sur Yuka), mais beaucoup de graisses quand même.

2. Pas de précision sur la nature des sucres

Autre soucis majeur de Yuka, l’application n’affiche pas l’origine des sucres. Or, il peut s’agir de sucres naturels (exemple : le fructose issus des fruits ou le lactose issu des yaourts) tout comme il peut s’agir de sucres ajoutés (sucre blanc, sucre roux, sirop de glucose, etc). C’est ceux-là qu’il faut traquer en particulier !

Prenons l’exemple des deux compotes ci-dessous qui affichent la même note : 90/100. Pourtant une des deux compotes comporte des sucres ajoutés, tandis que l’autre est « sans sucre ajouté ». Méritent-ils la même note ? Je ne pense pas non…

Compote de la marque 1 : 


Compote de la marque 2 : 

3. Pas de liste d’ingrédients

Justement, la liste d’ingrédients est essentielle pour identifier l’origine des nutriments affichés sur la composition nutritionnelle et donc pour évaluer la qualité d’un produit alimentaire :

  • Les sucres présents sont-ils naturels ou proviennent-ils d’un ajout par le fabriquant ? (cf. exemple de la compote)
  • Les protéines proviennent-elles d’un ajout artificiel ? NB : Certains fabricants ajoutent de la poudre de lait pour enrichir les produits en protéines.

4. Les vitamines et minéraux… oubliés ?

Autre inconvénient de Yuka : aucune visibilité sur les vitamines et minéraux. Dommage car la qualité nutritionnelle d’un aliment ne se résume pas à ses calories et ses macronutriments (protéines, graisses, sucres) mais aussi à sa richesse nutritionnelle…

#2 Des apports caloriques non évaluées par rapport aux quantités réellement consommées

Autre inconvénient de l’appli : une analyse trop précipitée de la teneur en calories du produit. En effet, l’algorithme Yuka analyse le nombre de calories par 100 grammes, or certains produits se consomment en portions plus généreuses. Il aurait été plus pertinent de proposer une évaluation de la valeur énergétique par portion consommée.

Prenons l’exemple d’une pizza : avec ses 182 calories par 100 grammes, Yuka classe la pizza dans la catégorie « à faible impact calorique » (ce qui est le cas de toutes les pizzas !). Mais rare sont ceux qui se limitent à 1 morceau de pizza ? En réalité, on compte plutôt 364 calories (pour la moitié d’une pizza) voire 728 calories (pour la pizza entière) – ce qui est finalement loin d’être négligeable…

#3 Des informations sur les additifs pas toujours fiables

Premier inconvénient de Yuka : la catégorisation des additifs (sans impact, douteux, à éviter, nocifs) qui est très sensible. A ce jour, il est encore très difficile de s’avancer sur l’absence de nocivité d’un additif : il serait plus prudent d’être vigilant face à tout produit alimentaire contenant des additifs – quelque soit sa classification – pour trois raisons :

  • Tout d’abord, on manque encore de recul par rapport à l’utilisation des additifs. Certains sont utilisés par les industriels depuis peu : encore peu d’études scientifiques fiables ont été menées pour démontrer les réels risques à long terme de leur utilisation.
  • Ensuite, on dit bien que « c’est la dose qui fait le poison. » : si un additif peut être sans crainte en petites quantités (et donc approuvés dans une étude scientifique), il peut tout à fait faire des dégâts en quantités plus importantes. Or, face à l’omniprésence des additifs dans les produits alimentaires, je suis persuadée que notre exposition aux additifs soit sous-estimée. Ne devrions-nous pas plutôt tenter de nous orienter vers des produits sans additif plutôt que de les classer par catégorie ?
  • Enfin, l’application ne prend pas en compte l’effet « cocktail » des additifs. Un additif classé « sans impact » peut s’avérer dangereux associé à un autre additif. Un critère important à prendre en compte car, en réalité, les industriels ont tendance à cumuler plusieurs (voir des dizaines) d’additifs dans leurs produits. Et ça, les études scientifiques ne peuvent pas le prendre en compte : il faudrait une étude pour chaque combinaison d’additifs possible, ce qui est littéralement impossible.

Là encore, mon conseil serait plutôt d’observer directement la liste des ingrédients. Si celle-ci est trop longue ou contient trop de noms barbares ou commençant par la lettre « E », je vous conseillerai alors de fuir – quelque soit la classification de l’additif. Orientez-vous vers les produits qui contiennent le moins d’ingrédients transformés ou chimiques possibles.

#4 L’application n’analyse pas la qualité des nutriments

Autre chose qui me gêne en tant que diététicienne : la qualité des nutriments. L’application analyse seulement les quantités de nutriments, et non leur qualité. Je dois dire que je suis choquée quand je vois un produit (exemple : les nuggets de poulet) avec l’annotation « excellente quantité de protéines » alors qu’on sait que les produits de ce genre sont fabriqués à partir de viande de piètre qualité.

Même commentaire pour l’analyse des pizzas : on retrouve systématiquement la mention « excellente quantité de protéines », sur une pizza Royale (comme ici : 8,1 g de protéines) mais aussi sur une pizza à la mozzarella (11 g dû à la présence de fromage).

 

#6 Et l’éducation nutritionnelle alors ?

Enfin, n’oublions pas que rien ne remplace l’importance de l’éducation nutritionnelle. Si l’application Yuka peut être un renfort au quotidien pour faire de meilleurs choix rapidement, cela reste une application mobile qui ne fera pas tous les choix pour nous. Manger plus sainement c’est avant tout faire preuve d’un peu de bon sens : un coup d’œil rapide à la liste des ingrédients suffirait parfois pour nous faire comprendre qu’un produit contenant une liste interminable d’ingrédients n’est pas forcément bon pour nous !

Verdict sur l’appli Yuka ?

L’application Yuka est une application intéressante et utile pour avoir un peu plus de visibilité sur ce qu’on mange. Elle part d’une bonne intention : permettre à ses utilisateurs de faire de meilleurs choix alimentaires. Et ça, on apprécie chez DocteurBonneBouffe.com !

Néanmoins, n’oublions pas que son utilisation a des limites : Yuka a tendance à stigmatiser certains nutriments (sucres, graisses saturées) et à en oublier d’autres (vitamines, minéraux…). De plus, la notation des produits se fait selon un algorithme subjectif : ainsi, un aliment considéré « malsain » peut gagner des points pour son absence d’additif dangereux ou par le fait que le produit soit étiqueté « bio » – ce qui n’en fait pas un aliment sain pour autant !

Enfin, les informations concernant la nocivité des additifs ne sont pas tous scientifiquement validés. Un peu de bon sens suffirait parfois pour faire de meilleurs choix : mon conseil serait plutôt d’observer directement la liste des ingrédients. Si celle-ci est trop longue ou contient trop de noms barbares ou commençant par la lettre « E », je vous conseillerai alors de vous tourner vers les produits qui contiennent le moins d’ingrédients transformés ou chimiques possibles. Rappelons que manger sain, c’est avant tout se tourner vers les produits non transformés… et ça, ça ne nécessite, en principe…. ni code barre…. ni application ! :)

Bon appétit,
« Docteur » BonneBouffe

Commentaires

commentaires

Diététicienne-Nutritionniste & Blogueuse complètement FOOD-dingue. Passionnée par l'alimentation, j'ai créé le blog DocteurBonneBouffe.com en 2013 dans l'espoir de vous prouver une chose : que manger sainement en se faisant plaisir est possible !